Histoire édifiante d’une roulette mystérieuse !  
 
Le timbre «Chapelle de Ronchamp» a été émis en taille-douce avec deux valeurs faciales différentes : 1,25 F en 1964 et 0,40 F en 1965. La première émission est sans histoire; la seconde a déjà fait - à juste titre - couler beaucoup d'encre. 
 
Le 0,40 F est actuellement le seul timbre français grand format ayant jamais été commercialisé en roulettes par les P. et T. Sa vente sous cette forme est intervenue à partir de 1970, soit cinq ans après son émission en feuilles et deux ans après sa date de retrait.  
 
Le dessin et la gravure du timbre sont de Jacques Combet* Généralement, mais sans qu'il s'agisse d'une règle absolue, la signature du graveur figure à gauche, celle du dessinateur (l'inventeur, INV) à droite. Ici, on déchiffre à droite la signature de J. Combet, à gauche, celle de Le Corbusier **L'auteur de ce timbre a ainsi tenu à associer à son œuvre l'architecte de la chapelle de Ronchamp. 
 
 
 

     Le sanctuaire   
 
Depuis près de cinq siècles, la chapelle Notre Dame du Haut à Ronchamp (Haute-Saône) est un lieu de pèlerinage. Elle fut détruite, une première fois. par la foudre, en 1913. Reconstruite dans les années 20, les obus lui donnèrent le coup de grâce en 1944 
Le Corbusier fait sa première visite sur le site le 4 juin 1950. Ecoutons-le : «Je m'occupe pendant trois heures à prendre connaissance du sol et des horizons. Afin de m'imbiber. La chapelle, crevée par les obus, est encore debout. Le comité est présent, des entrepreneurs locaux. Je fais mon enquête: il n'y a pas de route valable accessible aux charrois pour mener sur la colline des trans-ports normaux. En conséquence, je me contenterai de sable et de ciment : probablement, les pierres de démolition, plus ou moins gélives et calcinées pourront-elles remplir, mais pas porter. Une notion se précise : ici. dans de telles conditions au sommet d'un mont isolé, ici. un seul corps de métier, une équipe homogène, une technique savante, des hommes, là-haut, libres et maîtres de leur travail. Bonne chance ! »  
La chapelle est consacrée le 25 juin 1955. 
Ecoutons encore Le Corbusier : «Excellence, en bâtissant cette chapelle, j'ai voulu créer un lieu de silence, de prière, de paix, de joie intérieure (...). Excellence, je vous remets cette chapelle de béton loyal, pétrie de témérité peut-être, de courage certainement, avec l'espoir qu'elle trouvera en vous, comme en ceux qui monteront sur la colline, un écho à ce que tous nous y avons inscrit. »  
On ne peut pas décrire Ronchamp en termes touristiques, même le Guide vert se contente de proposer au visiteur d'en faire le tour. «Modulor partout, écrit Le Corbusier, je défie le visiteur de mettre spontanément des chiffres dimensionnels. sur les diverses parties de l'édifice. » La tradition de l'art religieux est rompue, on s'éloigne ici des siècles passés, sempiternellement copiés. La chapelle est création du vingtième siècle, elle est style, mais au-delà du fruit des nombres, un lieu privilégié, dédié au culte et au recueillement. 

Le 1,25 F 
En 1964, le timbre d'usage courant qui affranchît la lettre simple ordinaire en régime intérieur (LSI) est alors le 0,25 F Coq de Decaris C est 1 application du tarif du 19 mai 1964. La taxe de recommandation est alors de 1 F Il faut donc affranchir la lettre recommandée en régime intérieur (LRI) à 0.25 F + 1 F » 1,25 F. A cette époque, on ne connaît pas encore les codes R 1, R 2, R 3, R 4. qui. de nos jours, fixent l'indemnité maximale en cas de perte. Un changement de tarif intervient le 18 janvier 1965. La LSI passe à 0,30 F, la taxe de recommandation est maintenue à 1 F jusqu'au 10 mai 1966, date a laquelle elle est tout simplement doublée. Le timbre à 1,25 F «Chapelle de Ronchamp» vert foncé, bleu. bistre (YT n° 1394 A, Marianne 64-23) est donc destiné à affranchir la LRI du 19 mai 1964 au 18 janvier 1965. date à laquelle il est remplacé par un autre sujet franc-comtois, le château de Joux. Le Musée de la poste a conservé deux maquettes numérotées 1 et 2. 
LA MAQUETTE N° 1 (fig. ci dessus). C'est la maquette retenue. Il s'agit d'un dessin à la gouache exécuté sur carte à gratter, la chapelle est une photographie découpée et collée. Son format est de 220 x 135, soit l'échelle 6 par rapport à la vignette définitive. La dentelure est simplement figurée, les couleurs sont celles du timbre à 1,25 F. Sous le dessin on peut lire : « Maquette retenue sous les réserves suivantes : » 1. Bâtiment comme la maquette n° 2. » 2. Bordure moins vive. faire plusieurs essais pour assortir le sol avec le vert de la maquette. La chapelle est une photo du dessin original et ne reproduit pas les ombres fidèlement. » Cette maquette est chiffrée à 0,40 F alors que le timbre émis en 1964 - date de réalisation de la maquette - sera chiffré à 1,25 F.  
LA MAQUETTE N° 2 (fîg. ci dessus). Elle est au même format et utilise le même support que la maquette n°1. Dans cette version, les indications sont disposées dans un cartouche à la partie inférieure de la figurine. Les couleurs sont, ici, violet pour le ciel, bistre pour la chapelle et vert olive pour le cartouche. Une réduction photographique (en noir et blanc) est collée sur le carton de cette maquette ; il s'agit d'une reprise du dessin précédent dans laquelle la valeur est disposée sur une colombe stylisée. Les seules indications qui figurent sur ce document sont -.«dessin original» et « non retenue».  
Comme la maquette n° 1, celle-ci est chiffrée à 0,40 F. Les deux maquettes sont datées de1964.  
Le 1,25 F Chapelle de Ronchamp a été émis le15 juin 1964, avec vente anticipée les 13 et 14 à Ronchamp et oblitération  
1er jour grand format. Il a été retiré de la vente le 20 mai 1965 et a fait l'objet de la « notice PTT 1964, n° 19 
Ce timbre a été tiré sur presse TD3 (taille-douce trois couleurs), dont chaque tour de cylindre imprime trois feuilles de cinquante timbres. Les marges de pied et de tête sont annulées par des guillochis. Chaque feuille comporte des indications de service sur la marge de pied ; il s'agit, à droite, de la date ; à gauche, d'un numéro de comptage ; au centre, de l'indicatif de la presse, ici TD 3-9. Les trois feuilles du cylindre peuvent être identifiées car elles comportent des repères gravés sous la date : deux traits pour la première, un pour la. deuxième, la troisième en dépourvue. 

Il y eut un tirage unique, du 27 mai au 29 juin 1964, sur la presse TD 3-9 Le «bon à tirer» (BAT) est| conservé dans les archives du Musée de la poste. C'est une feuille de timbres non dentelés avec coin, daté du 20 mai 1964, donc antérieure à l'émission commercialisée, Le BATest daté du 23 mai 1964 et comporte la signature du ministre, Jacques Marette. 
Ronchamp pour l'étranger en exprès. Le « bon à tirer » conservé au Musée de 1, poste, est daté du 22 juillet 1964, il porte le paraphe de Jacques Marette. Ce BAT est annulé par deux traits obliques et porte la mention manuscrite « annulé ». C'est une feuille d'essais non dentelé» qui a été utilisée comme support. Elle comporte un coin daté du 21 juillet 1964. 
Sur une figurine en noir et blanc, on a indiqué la; couleur retenue, elles font référence au nuancier codé de l'atelier (1313, 1607, 1714). On dénombre quatre tirages en feuilles de cinquante timbre; sur presse TD 3 : 
1er tirage, du 2-11-64 au 15-1-65, sur TD 3-6, en deux parties (du 2-11-64 au 20-11-64 puis du 14-12-64 au 15-1-65). 
2e tirage, du 23-4-65 au 12-5-65, sur TD 3-5. 
3e tirage, du 10-3-66 au 4-4-66, sur TD 3-4. 
4e tirage, du 2-2-67 au 20-2-67, sur TD 3-8. 
Une partie de ce quatrième tirage est surchargée 20 F CFA . les 8, 13, 14, 15 et 17 février 1967. La valeur de 0,40 F est annulée par deux barres horizontales. La mise en vente de ce timbre  

On recense les tirages spéciaux suivants - épreuve d'artiste, - épreuve de luxe à l'unité  - épreuve de luxe collective avec les 0,70 F Amboise,» 0,50 F Côte varoise, 0,60 F Saint-Flour, 0,70 F Provins, 0,85 F Vittel et 0,95 F Moissac, - non dentelé officiel - essais de couleurs en feuilles-Le 18 janvier 1965, le tarif de la carte postale pour l'étranger (CPE) passe de 0,30 F à 0,40 F. Comme il n'existe aucun timbre de cette valeur faciale, il est décidé de réutiliser le poinçon du timbre Chapelle de Ronchamp, de Jacques Combet. Une nouvelle valeur est gravée sur une copie du poinçon original. Ce travail est effectué par l'un des graveurs de l'Atelier du timbre. De nouvelles couleurs sont adoptées : vert pour le ciel, bistre rouge pour la chapelle et brun pour la nature environnante. Le tarif de 0,40 F pour la CPE sera maintenu jusqu'au 1er mai 1970, date à laquelle il passera à 0,45 F ; entre-temps, le tarif de la lettre simple en régime intérieur passera de 0,30 F à 0,40 F, le 13 janvier 1969. Les utilisations du 0,40 F Chapelle de Ronchamp (YT n° 1435, Marianne 65-03) sont donc multiples, CPE puis LSI, imprimé premier échelon pour l'étranger, enfin compléments d'affranchissement.  
L'émission générale du timbre en feuilles a lieu le 8 février 1965 avec mise en vente anticipée à Ronchamp et oblitération grand format le 6. Son retrait est intervenu le 27 avril 1968 . La mise en vente du timbre en roulettes - il s'agissait d'une expérience de l'administration - intervient à Ronchamp au cours de l'année 1970. Puis, pour répondre à la demande du commerce, les guichets philatéliques en sont approvisionnés en février 1972. 
                                                                           Le 0,40 F en feuilles  
Les timbres issus de feuilles sont aisément différenciables de ceux provenant de roulettes, ainsi que nous le montrerons plus loin. Pour la clarté de cet article, nous traiterons d'abord du timbre en feuilles, l'« officiel» en quelque sorte, puis du timbre en roulettes, la figurine expérimentale.  
Epreuve de luxe collective et utilisation (lu 1,25 F  
est tardive par rapport à l'émission initiale du 0,40 F (1964-1967). C'est à Saint-Denis (la Réunion) qu'il a été utilisé pour la première fois, le 24 septembre 1967.  
Cette émission a fait l'objet d'un cachet à date grand format non illustré. Ce timbre a également été émis sous forme de «fictifs» pour les cours d'instruction . L'administration des PTT imprime en effet, pour les sessions de formation de son personnel, des vignettes qui n'ont aucune valeur d'affranchissement. Depuis 1931, elles ont généralement les couleurs des timbres auxquelles elles correspondent. Pour le 0,40 F Chapelle de Ronchamp, deux couleurs ont été utilisées pour le «fictif» : cadre en bistre, inscription « 0,40 SANS VALEUR » en vert foncé. On en connaît un seul tirage sur deux papiers différents : - tirage du 12-11-64, sur presse TD 3-12 (papier terne). 







   

 


Une partie de ce quatrième tirage est surchargée 20 F CFA . les 8, 13, 14, 15 et 17 février 1967. La valeur de 0,40 F est annulée par deux barres horizontales. La mise en vente de ce timbre est tardive par rapport à l'émission initiale du 0,40 F (1964-1967). C'est à Saint-Denis (la Réunion) qu'il a été utilisé pour la première fois, le 24 septembre 1967. Cette émission a fait l'objet d'un cachet à date grand format non illustré. Ce timbre a également été émis sous forme de «fictifs» pour les cours d'instruction . L'administration des PTT imprime en effet, pour les sessions de formation de son personnel, des vignettes qui n'ont aucune valeur d'affranchissement. Depuis 1931, elles ont généralement les couleurs des timbres auxquelles elles correspondent. Pour le 0,40 F Chapelle de Ronchamp, deux couleurs ont été utilisées pour le «fictif» : cadre en bistre, inscription « 0,40 SANS VALEUR » en vert foncé. On en connaît un seul tirage sur deux papiers différents : - tirage du 12-11-64, sur presse TD 3-12 (papier terne), - tirage du 13-11-64, sur presse TD 3-12 (papier avec azurant optique). Plusieurs tirages spéciaux du timbre ont été réalisés : - épreuve de luxe à l'unité, - épreuve de luxe collective avec les 0,60 F Aix,0,70 F Provins et 0,50 F Moustiers-Sainte-Marie - Non dentelé officiel, - essais de couleurs en feuilles. Enfin, il existe une énigme au sujet de ce timbre : la maquette initiale, datée de 1964, est chiffrée à 0,40 F ; elle est nécessairement antérieure à l'émission du 1,25 F (15 juin 1964) ; le «bon à tirer» du 0,40 F est daté du 22 juillet 1964, il est annulé. Le timbre ne sera finalement émis que le 6 février 1965. Si les maquettes sont chiffrées à 0,40 F, si un BAT a été signé, si une molette et un cylindre ont été réalisés, il y a de fortes présomptions de penser que le 0,40 F correspondait à un tarif avorté au dernier moment. 
                                                                             Le timbre en roulettes... 
Les circonstances de l'émission de ce timbre en roulettes ne sont pas seulement dues à l'apparition d’un nouveau tarif : il s'agit en réalité d'une histoire beaucoup plus complexe. De bonne source, on sait que l'administration des PTT avait envisagé de vendre en roulettes la plupart des timbres d'usage courant, de petit et grand formats, Les valeurs proposées au public, dans les innées 60-70 : 0,05 F Auch (1969), 0,25 F Mont-. de-Marsan (1965), 0,20 F Saint-Lô (1972), 3,40 F Ronchamp (1972), ne correspondent pas m tarif d'affranchissement de la LSI, Par ailleurs, à la même époque, l'Atelier du timbre imprime de nombreuses vignettes d'essais, petit et grand formats, en taille-douce, au type Bernard Palissy, et en typographie. Ces vignettes n'étaient pas inutiles, il s'agissait pour l'atelier de tester des procédés de fabrication et de conditionnement et de mettre au point les futurs distributeurs. Certaines valeurs avaient été prévues pour la vente «au guichet», conformément à un usage fort •épandu dans les pays nordiques (et comme cela commence à se faire en France depuis quelques semaines, cf. notre numéro 396, page 10). Le 0,40 F Chapelle de Ronchamp est une de ces roulettes prévues pour la vente au guichet. O'autres valeurs en taille-douce grand format ont été fabriquées, mais elles n'ont officiellement jamais été commercialisées, en particulier le ),55 F Hôtel de ville de Saint-Quentin (Marianne 67-15) et le 1 F Cathédrale de Rodez (Marianne 67-20), qui sont des roulettes non émises. Comme on peut le constater sur une feuille de roulettes conservée au Musée de la poste, ces timbres ont été imprimés en mars 1968. Leur commercialisation au guichet du bureau de poste de Ronchamp a probablement commencé à partir du premier trimestre de 1970, c'est-à-dire deux ans après leur fabrication. Il semble que, pour faire face à la demande, un nouveau tirage a été effectué au début de 1972. Les feuilles « sans fin » de roulettes ont été imprimées sur la presse TD 6-3. Elles comportent horizontalement des rangées de cinq timbres. Dans les marges latérales figurent les indications de service, numéro de presse et date, ainsi que le numéro de comptage ; elles sont imprimées avec des caractères de fontes différentes. Il existe une légère différence de perforation - on le constate par juxtaposition - entre les grands côtés des timbres de feuilles (i3 x 13) et les roulettes (13 x 123/4). Leur sens d'impression est également différent. Ainsi le tirage en feuilles a été effectué, comme on l'a vu, sur presses TD 3, qui impriment « debout » (du cadre « ouest » au cadre « est » du timbre), alors que le tirage des roulettes, sur presses TD 6, a eu lieu en vue normale (du « sud » au « nord » ). Le changement de presse a impliqué la fabrication d'une nouvelle molette à partir du même poinçon.. En effet, bien que l'implantation soit différente pour les deux présentations, on ne peut pas en déduire l'existence de deux poinçons  
                                                                                                             
 
                                                          
                                                                            …..et ses particularités  

   
On remarque que les tailles de la gravure sont très nettement moins profondes sur les timbres de roulettes que sur ceux des feuilles. En particulier, les ombres de façade, sous le toit de la chapelle, sont continues et bien marquées sur les timbres de feuilles, alors qu'elles sont mal venues sur les timbres de roulettes . Le sens de l'encrage induit, bien entendu, que le cadre « ouest » du timbre de feuilles est beaucoup plus encré que celui de roulettes. Dans ce même coin, la signature « LE CORBUSIER » est mal imprimée sur les timbres de feuilles (S coupé, L en forme de î). Le toit de la chapelle, en forme de a coque de crabe », se raccorde sur une avancée. A droite de celle-ci, les ombres sont coupées en plusieurs endroits sur les timbres de roulettes à gauche, les ombres croisées sont empâtées, mal venues ces mêmes ombres sont régulières à droite et à gauche de l'avancée.

 Le ciel, aux alentours de la croix, est généralement plus clair pour les roulettes, plus encré pour les feuilles. Pierre Manon a indiqué deux variétés spécifiques des roulettes. Il s'agit d'une imperfection du cylindre d'impression qui affecte deux cases. L'une concerne, la signature «J. COMBET», particulièrement défectueuse, et l'absence de points entre l'arbre de droite (amputé d'une branche) et la signature. Nous avons retrouvé cette variété sur la feuille conservée au Musée de la poste, elle concerne une case du bord droit. La seconde est un trait coupant la façade de la chapelle en son milieu. Nous ne l'avons pas localisé sur la feuille témoin du Musée de la poste. Ces deux variétés doivent se retrouver tous lès trente-trois timbres, dans la mesure où l'on a la chance d'avoir en sa possession la roulette de la bonne rangée ! Pour ce qui concerne le numérotage, ce timbre ayant la même largeur qu'une paire de timbres petit format, il semble que l'on ait utilisé le même numéroteur. On trouve donc tous les dix timbres une double numérotation, au verso, sur la gomme . L'impression en est faite CE rouge, avant le refendage des rouleaux, ainsi que nous l'avons vérifié sur la feuille témoin. La bande de garde a une largeur de 41 mm. La mention « Roulette de 1 000 timbres-poste à 0,40-Valeur 400 F » est imprimée . L'indication « Ronchamp » est manuscrite. Quant au noyau, il est du même diamètre que les roulettes taille-douce (24 mm) et d'une largeur double (40mm). Le même noyau a été utilisé pour les roulettes d'essais Palissy grand format . Nous avons constaté que certaines roulettes avaient une mauvaise coupe latérale, ce qui nous a conduit à envisager qu'elles avaient été «égrenées » à la main. Mais nous n'avons aucune certitude à ce sujet. En effet, selon « la légende », ces timbres, baptisés 1er tirage, auraient été débités à Ronchamp. Le personnel des PTT en service2b, gomme blanche mate (dite tropicale), Enfin, un certain nombre de catalogues indiquant des différences de couleurs entre les tirages, nous avons examiné de nombreuses roulettes de provenances diverses. Il ne semble pas que les variations de nuance soient significatives pour différencier les tirages 
J-L TRASSAERT Extrait de LE MONDE DES PHILATELISTES de Juillet - Août 1986  
épreuves de luxe dédicacées  
  
*Jacques Combet 
Jacques Combet est né en 1920 à Nîmes. Il a fait ses études de dessin et de gravure à Paris, dans cette pépinière de talents qu'est l'école Estienne. Mercier lui enseigna l'art de la lettre, Serres celui de la vignette. il débute comme cartographe chez Vavasseur où, pendant près de dix ans, il se perfectionne en gravant méticuleusement des cartes marines au burin et à l'eau-forte. En 1950, il s'installe à son compte. Albert Decaris lui confie la gravure du cadre du I 000 F poste aérienne de 1950 (50-01, vue aérienne de Paris). Il s'agit là de son premier travail pour l'administration des postes. Très satisfait de cette gravure, le maître Decaris lui demande de signer avec lui. Peu de timbres portent ainsi la signature de deux graveurs. Le premier timbre-poste né entièrement sous son burin est destiné à Monaco : Se 2 F, de la série Année sainte de 1951. Il lui faudra attendre 1958 pour graver seul son premier timbre français, le portrait du chimiste Bertholfet, dans la série des médecins célèbres. Depuis, on lui doit plus d'une centaine de timbres français et près de six cents autres pour le BEPTOM, Monaco et Andorre. Parmi ses dernières œuvres, citons la série française des personnages célèbres de 1984 ; de facture nouvelle, elle marque une évolution originale dans l'art du portrait sur timbre-poste. A cette activité, Jacques Combet ajoute celle de graveur de billets pour la Banque de France, l'Algérie et le Luxembourg, et l'illustration de livres édités à l'intention des bibliophiles. (Voir également l'interview de Jacques Combet dans notre dernier numéro.)  
   
   
*Le Corbusier  
 Suisse de naissance, français d'adoption, puis par naturalisation. Le Corbusier, de son vrai nom Charles-Edouard Jeanneret, est né en 1887 à La Chaux de Fonds. A partir de 1917, il s'installe à Paris. Il est mort à Roque brune -Cap-Martin en 1965.  
Il est de la génération de Picasso (1881) et de deux des pionniers de l'architecture moderniste, Gropius (1883) et Mies van der Rohe ( 1886), Les postes helvétiques l'ont honoré en 1972 en lui consacrant un timbre dans une série de personnages célèbres où il figure dans l'excellente compagnie d'Einstein, de Giacometti, d'Honegger et de Ramuz (1). En 1918, il publie, avec Amédée Ozenfant, un manifeste intitulé Après le cubisme. En 1920, il prend le nom de Le Corbusier. Les édifices qu'il construit à cette époque sont conçus, comme un avion ou un paquebot à partir d'éléments préfabriqués modulaires. Des maisons de cette période sont restées célèbres, notamment la villa Cook, à Boulogne sur Seine, et la villa Stein, à Garches. Par la suite. sa réflexion de créateur s'étend à l'urbanisme avec des immeubles villas que l'on retrouve dans son projet de ville contemporaine de trois millions d'habitants. Il traduit ses théories par des entreprises audacieuses de grande envergure : Alger (1930-1934. 1938 et 1942), Anvers (1933), Buenos-Aires (1939). Dans les années 50, son inspiration de bâtisseur trouvera un second souffle à Marseille (1952), à Nantes (1953). à Briey (1959), à la chapelle de Ronchamp (1963). ainsi que dans d'importantes constructions aux Etats-Unis, au Japon, en Inde, à Venise, etc. On s'accorde à reconnaître en Le Corbusier l'un des architectes majeurs du vingtième siècle. Par sa conception d'une architecture harmonieuse basée sur une esthétique aussi rigoureuse que naturelle, son influence n'a cessé de croître depuis la seconde guerre mondiale. Il est également réputé pour ses œuvres de peintre, de sculpteur et d'écrivain  
(1) II peut paraître étrange de trouver Einstein dans une série de timbres dédiée à des Suisses ayant vécu à l'étranger. Il n'y a pourtant rien d'anormal à cette situation, car, si Einstein est bien né à Ulm (Allemagne) en 1879, il fut naturalisé suisse en 1900 et obtint la nationalité américaine en 1940. Il est mort en 1955 à Princeton (Etats-Unis), où il avait enseigné à partir de 1933